Nektarios-Georgios KONSTANTINIDIS
Docteur en Lettres de l’Université d’Athènes
Résumé
L’enfant, tout absorbé qu’il est dans son expérience de la lecture du monde et vivant simultanément l’instant et l’éternité, perçoit le passage du temps non comme une menace mais comme un cadeau. Son temps, à la fois onirique et pragmatique, s’écoule dans toutes les directions ; c’est et ce n’est pas le temps. Seul le Bouffon, le troubadour, le conteur, l’amuseur à la langue bien pendue, est à même de dialoguer avec l’enfant, vu qu’il sait composer avec le temps sans se laisser prendre dans ses filets. C’est lui qui déroule la pelote du conte Maryentini ‒ pièce de théâtre pour enfants et adolescents de la dramaturge grecque Maria Kyriaki (publiée en 2004) ‒, où tout s’entrelace dans sept dimensions de temporalité différentes : le passé, le présent, le futur, le temps onirique, le temps intemporel du royaume de la mort, l’éternité et la temporalité tridimensionnelle du narrateur. À seule fin de sauver la vie de la jeune fille, le Bouffon raconte les aventures de Maryentini, qui rencontre les trois Moires, descend dans le royaume de Hadès, affronte un dragon, tombe amoureuse d’un homme-serpent, se transforme en arbre, en oiseau, en jeune homme, redevient femme, est assassinée trois fois par sa sœur jumelle et ressuscite trois fois, afin de gagner l’amour de Verge-d’or et de le libérer des malédictions des immortels et des mensonges des mortels. Maryentini est un conte sur les dimensions multiples et particulièrement révélatrices du temps, sur la magie des rêves juvéniles et sur la puissance de l’amour karmique, qui affranchit les êtres de la toute-puissance du Temps. L’article examine la question des temporalités multiples en relation avec les techniques d’écriture dramaturgique à l’œuvre dans Maryentini.
Mots clés : temporalité, intemporalité, temps onirique, amour karmique, théâtre pour adolescents, conte initiatique
Abstract : Maryentini by Maria Kyriaki: Time is a dreamy child
The child, absorbed as he is in his experience of reading the world and simultaneously living the moment and eternity, perceives the passage of time not as a threat but as a gift. His time, both dreamlike and pragmatic, flows in all directions; this is and this is not the time. Only the Buffoon, the troubadour, the storyteller, the outspoken entertainer, is able to converse with the child, since he knows how to deal with time without getting caught in its nets. It is he who unrolls the ball of the tale Maryentini ‒ a play for children and adolescents by the Greek playwright Maria Kyriaki (published in 2004) ‒, where everything is intertwined in seven different dimensions of time: the past, the present, the future, dream time, the timeless time of the realm of death, eternity and the three-dimensional temporality of the narrator. With the sole purpose of saving the life of the young girl, the Buffoon recounts the adventures of Maryentini, who meets the three Fates, descends into the kingdom of Hades, confronts a dragon, falls in love with a man-serpent, transforms into a tree, a bird, a young man, becomes a woman again, is murdered three times by her twin sister and resurrects three times, in order to win the love of Goldenrod and free him from the curses of the immortals and the lies of the mortals. Maryentini is a tale about the multiple and particularly revealing dimensions of time, about the magic of youthful dreams and about the power of karmic love, which frees beings from the omnipotence of Time. The article examines the question of multiple temporalities in relation to the dramaturgical writing techniques at work in Maryentini.
Keywords: temporality, timelessness/intemporality, dreamlike time, karmic love, theater for adolescents, initiatory tale